La fin des hommes d’État, l’adieu à M Parizeau.

Par Stéphane E. Roy, comédien, résident de Beloeil.

Il y’a une époque où l’on était politicien parce qu’on avait des convictions, une vision, et non pour faire de la corruption et recevoir des pots-de-vin, une époque où l’on était politicien pour construire et créer et non pas pour déconstruire et couper.

Un homme d’État c’est un homme qui regarde au loin devant et qui essaie de créer un meilleur avenir, il est désintéressé par sa propre condition et il met celle de la collectivité au-dessus de tout.

Jacques Parizeau-2

Un homme d’État ce n’est pas un « politcailleux » qui salive sur les contrats d’asphalte qu’il pourra donner aux amis ou aux nombres de permis de garderie qu’il pourra revendre.

Des hommes d’État il y’en a eu dans tous les partis… Robert Bourassa, René Lévesque, Jacques Parizeau, Joe Clark, Jack Layton, Gilles Duceppe.

Un homme d’État a une fierté et un honneur.

Un homme d’État invente un régime de compensation pour les victimes de la route, nationalise l’électricité, offre l’assurance maladie, s’occupe de ses compatriotes.

Il ne se sert pas de ces services de l’état pour s’en mettre plein les poches… et remplir à outrance les coffres du gouvernement, parce que celui-ci n’est pas assez efficace et a une carence grave à être inventif.

Aujourd’hui est mort l’un des derniers hommes d’État. Il nous laisse dans le deuil, et dans une fâcheuse position avec plein de « politacailleux » au pouvoir.

Cet homme, M Parizeau, avait ses zones d’ombres comme tout le monde , mais il était en politique pour la bonne raison , le bien commun.

Il nous faut d’autres politiciens comme lui , des jeunes qui ont le goût de la nation , et qui vont placer le sens du devoir devant tout.

Pas de ces « politicailleux », qui, pour enlever un vote à l’adversaire vont être prêt à renier leurs propres idées… vont faire reculer la cause de la souveraineté pour faire gagner leur parti… vont tout à coup décider que: « construire un pays c’est nuisible à la stabilité économique », quand moins de 10 ans avant il disait exactement le contraire.

Pas de ces visages à deux faces qui mettent leurs intérêts personnels et ceux de leur parti devant toute chose.

Regardez autour de vous, et voyez tous ces petits machiavels qui jouent du coude pour faire avancer leurs intérêts personnels.

Quelqu’un doit aller en politique pas pour y faire carrière, mais par conviction (parfois cette conviction devient une carrière voilà la nuance).

Un vrai homme d’État va en politique pour ses idées , ses valeurs, pour la nation et non pas par unique intérêt pour son économie personnelle.

Où sont-ils ces gens désintéressés qui s’impliquent par amour, par passion à faire avancer un pays?

Où sont-ils? Peut-être en verrons-nous de nouveaux se lever pour prendre le flambeau et ramener cette pathétique mascarade burlesque qu’est devenu la politique, à quelque chose qui élève l’âme et notre condition humaine , au lieu de nous abaisser au niveau de la basse-cour des « picosseux » de graines et de cochon qui se roule dans leur propre boue.

Ce matin j’ai eu le spleen, j’ai eu le blues, lorsque j’ai constaté que M Parizeau était décédé.

J’ai pensé à cette époque où je croyais naïvement à la politique comme quelque chose de pur et de noble.

J’ai un souvenir indélébile en tête, qui démontre la grandeur d’un homme d’État :

Robert Bourassa vient de refuser Meech. Il est au pouvoir. Après son discours en chambre, où il finit par une déclaration sans équivoque « Le Québec est aujourd’hui et pour toujours une société distincte libre et capable d’assumer son destin et son développement. », Jacques Parizeau se lève traverse le parlement sans lâcher Robert Bourassa du regard et va lui serrer la main.

Deux hommes de parti opposé, mais deux hommes d’État qui mettent la nation devant tout.

Ce matin, j’ai regardé la photo de Jacques et j’ai plongé dans ce regard et j’ai vu la franchisse l’honnêteté d’un homme qui ne faisait pas de quartier.

J’ai vu le regard profond, à la fois intime et lointain d’un homme d’État.

Ce matin j’ai probablement dit adieu au dernier homme d’État.

Merci M Parizeau.

Jacques Parizeau «Le croisé de l’indépendance! »

Un texte de Pierre Duchesne

La politique doit servir à accomplir quelque chose, à réaliser un projet, disait Jacques Parizeau. Autrement, c’est une perte de temps.

 

Celui qui a combattu toute sa vie pour donner un pays à son peuple nous a quittés. Jacques Parizeau part et laisse aux Québécois une province. Le croisé de l’indépendance a rangé son épée. Il est descendu de sa monture, a défait sa cotte de mailles et s’est agenouillé une dernière fois pour observer les terres du Québec comme si elles étaient siennes. Il aurait tant aimé que sa bannière soit hissée au sommet des plus hautes tours de ce nouveau royaume…

« Quand le cœur de cet homme aura cessé de battre, avais-je écrit dans la conclusion de ma biographie, en février 2004, le Québec aura indiscutablement perdu le plus tenace et le plus dérangeant porte-étendard de l’idée d’indépendance. Incapable de capituler, ce grand chevalier aura incarné l’acharnement même, en repoussant les hésitations, la peur et la prudence. »

Homme de principes et de convictions, ce politicien hors normes et malheureusement démodé ne croyait pas aux slogans préfabriqués.

Il repoussait les avances des conseillers en mal d’influence et les grands spécialistes des boîtes de relations publiques. « Les idées doivent mener le monde, répétait sans cesse Jacques Parizeau. La politique doit servir à accomplir quelque chose, à réaliser un projet. Autrement, c’est une perte de temps. On a mieux à faire dans la vie. »

FAIRE AUTRE CHOSE

En septembre 1969, quand Jacques Parizeau s’engage pour le Parti québécois, ce n’est pas par manque de possibilités. Dieu sait qu’il aurait pu faire autre chose ! Très tôt dans sa vie, les choix qu’il a faits l’ont amené à se définir comme un bâtisseur de pays. En 1955, alors qu’il termine son doctorat en économie à Londres, Jacques Parizeau, 25 ans, envisage une grande carrière internationale comme professeur d’économie. Celui qui dirige sa thèse n’est nul autre que James Meade, ex-conseiller économique de Winston Churchill, futur Prix Nobel d’économie. Mais François-Albert Angers, son maître des HEC, celui qui lui a permis d’aller en Europe, veut qu’il revienne au Québec. La « belle province » des années 50 ne l’intéresse pourtant pas. Il veut maudire Angers, mais il a donné sa parole à son professeur : une fois le doctorat acquis, il devait revenir enseigner quelques années aux HEC. Jacques Parizeau choisit le Québec avant le monde.

Professeur compétent, apprécié de ses étudiants, Jacques Parizeau doit pourtant délaisser l’enseignement quelques années plus tard. Aspiré par la Révolution tranquille, il réalise pour le ministre René Lévesque la première étude établissant le coût d’achat des compagnies d’électricité, qui mènera à la nationalisation. Il participe ensuite à de multiples chantiers et est associé à la fondation de la SGF, de Sidbec et de la Régie de l’assurance-dépôts du Québec. À 35 ans, il devient le conseiller économique et financier du premier ministre Jean Lesage.

Comme révolutionnaire tranquille, sa plus grande réalisation demeure la création de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Ce géant de plus de 225 milliards a permis à l’État du Québec de se sortir des griffes des maîtres chanteurs du milieu financier anglo-saxon, qui excluaient alors de son cercle les Canadiens français et les juifs. Jacques Parizeau a tout tenté pour mettre fin au chantage économique. Lorsqu’il participe à la rédaction de la mission de la Caisse, il s’assure qu’elle puisse favoriser le développement économique du Québec et une nouvelle classe d’entrepreneurs francophones.

Travaillant sans répit pour donner aux Québécois un État moderne, Jacques Parizeau constate à la fin des années 60 que deux nations au sein d’un même pays, et surtout deux États, ne peuvent qu’entrer en collision. « Allons-nous vers un État du Québec où Ottawa ne jouerait plus aucun rôle ou bien est-ce qu’il faut arrêter le développement de l’État du Québec parce qu’Ottawa doit demeurer un vrai gouvernement ? ». Voilà le genre de question qui amène Jacques Parizeau, en 1969, à adhérer au tout nouveau Parti québécois.

MILIEU FÉDÉRALISTE

Issu d’un milieu bourgeois nettement fédéraliste, fils d’un père engagé dans le monde conservateur de l’assurance, Jacques Parizeau, devenu péquiste, pose un geste de rupture avec son entourage. Le Parti québécois, une organisation de gauche qui souhaite briser le statu quo, indispose les élites en place, les amis de Jacques Parizeau. Son choix l’éloigne des postes prestigieux et de l’argent.

D’ailleurs, à la première élection du Parti québécois, en 1970, quand, à trois jours du scrutin, le Trust Royal de Montréal, dans une mise en scène bien préparée, fait venir neuf camions blindés de la Brinks à son siège social pour transporter en Ontario des certificats en valeurs mobilières à l’abri d’une éventuelle victoire péquiste, Jacques Parizeau s’insurge. « Les Québécois ne savaient pas ce que c’était que des actions d’entreprises, rappelle-t-il. Il faut savoir que vous pouvez allumer votre cigarette avec ces certificats. » La manœuvre fait peur à plusieurs électeurs. « Voilà les Québécois qui se sont fait avoir, conclut Jacques Parizeau. Ceux que l’on a méprisés pendant si longtemps vont continuer à être méprisés. On va leur dire : vous ne comprenez jamais rien ! » Jacques Parizeau a choisi de défendre les gens ordinaires plutôt que l’élite financière.

Ministre des Finances dans le gouvernement de René Lévesque après l’élection victorieuse de 1976, il continue de s’en prendre au grand capital quand la Sun Life déménage son siège social de Montréal à Toronto en raison de l’adoption de la loi 101. « Bon débarras ! dit-il en 1978. Allez-vous-en donc ! Moi, je veux que cesse le chantage aux sièges sociaux. » Dans l’année qui suit, le chiffre d’affaires de la Sun Life chute de près de 40 %. Le Mouvement Desjardins déloge la Sun Life de la première place qu’elle occupait au Québec dans le secteur de l’assurance de personnes.

De 1976 à 1984, Jacques Parizeau occupera ce poste de ministre des Finances avec brio. C’est, de loin, le ministre des Finances le plus spectaculaire de l’histoire. Au Canada anglais, en particulier, on appréciait son talent et son style. Sous son règne, la Caisse de dépôt a mené de grandes opérations. Domtar, Gaz Métropolitain, Noranda sont devenues québécoises (…). Il y a bien eu la nationalisation ratée de l’amiante. Un coup de génie : la création du Régime d’épargne-actions (REA), en 1979, a relancé bien des entreprises québécoises en mal de financement. L’idée audacieuse consistait à réduire l’impôt à payer pour les contribuables qui achetaient des actions d’entreprises québécoises. Encore une fois, le docteur en économie s’adressait avant tout aux petits actionnaires. Papiers Cascades a grandi et est devenu une multinationale grâce au REA. Ce régime a été à l’origine de la plus grande croissance du nombre d’actionnaires publics au Canada.

À la fin de sa vie, son professeur François-Albert Angers, fier des performances économiques de son poulain, me confiait qu’à son avis, si Jacques Parizeau était demeuré dans l’enseignement et avait persisté dans cette voie, il aurait donné au Québec son premier Prix Nobel d’économie…

Message de Pierre Karl Péladeau au décès de Jacques Parizeau

Monsieur

Chers compatriotes,

Mes premiers mots vont aujourd’hui à Mme Lisette Lapointe et à la famille de monsieur le premier ministre Jacques Parizeau. Je vous offre, au nom de l’équipe du Parti Québécois, mes sincères condoléances.

M. Jacques Parizeau est un homme d’exception. Il a été un grand serviteur de l’État. Il a fait le choix de consacrer sa vie à ses concitoyens et à ses compatriotes. Il leur a offert un des plus beaux legs : la modernité. Jacques Parizeau, c’est l’homme de la modernité du Québec.

Jacques Parizeau-«Monsieur»

La liste des réalisations de ce grand homme d’État est impressionnante. Pensons à sa participation à ce geste significatif d’affirmation nationale que fut la nationalisation des compagnies d’électricité.

En tant que conseiller économique et financier du premier ministre Jean Lesage, c’est Jacques Parizeau qui a obtenu un prêt important auprès des institutions financières américaines, alors que les syndicats financiers de la rue St. James et de Toronto s’opposaient à cette nationalisation.

Grâce à sa détermination, il offrit au Québec l’émancipation financière, et la liberté de faire ses propres choix.

Premier Québécois à obtenir un doctorat de la London School of Economics, le professeur des HEC Jacques Parizeau a contribué à l’émergence d’une nouvelle génération de financiers et d’économistes québécois francophones.

Il initia ou participa à la création des plus importants leviers économiques de notre nation : la Régie des rentes, la Caisse de dépôt et placement, la Société générale de financement, entre autres.

Comme ministre des Finances du premier ministre René Lévesque, il institua le Régime épargne-actions, faisant la promotion des entreprises québécoises de la littératie financière.

Son apport est aussi considérable pour la création du Fonds de solidarité de la FTQ.

Ces deux institutions s’ajoutent à ces outils de développement qui sont partie intégrante de notre société. Ils ont permis à l’État de soutenir les entreprises d’ici, depuis près de 50 ans.

Je salue, d’ailleurs, l’initiative du premier ministre Philippe Couillard de baptiser l’édifice abritant la Caisse de dépôt et placement, à Montréal, « édifice Jacques Parizeau ».

J’ai eu l’occasion de passer quelques moments avec M. Parizeau il y a quelques années. J’avais sollicité une rencontre, que j’ai obtenue avec lui à son domicile, à l’Île des-Sœurs.

J’ai eu avec lui une discussion autour du service public, de l’intérêt public et de l’intérêt du Québec.

C’est à partir de ce moment-là que ma réflexion s’est entamée sur mon propre engagement en politique, pour l’indépendance du Québec. Il est pour moi une grande source d’inspiration à l’égard de l’action politique qu’il a entreprise, mais aussi et surtout pour l’audace et l’ambition qu’il a toujours eues pour le Québec. La profondeur de ses convictions ne fait aucun doute.

Tout au long de sa vie, liée entièrement au développement du Québec moderne, M. Parizeau a profondément cru à la capacité des Québécois à devenir réellement maîtres de leur destinée et de leur avenir.

Grand intellectuel et économiste réputé, Jacques Parizeau a mené sa vie publique avec droiture, intégrité et courage.

Grâce à lui et à de très rares autres, la nation québécoise a franchi les portes de la modernité, jusqu’aux abords du pays du Québec.

Il a été la bougie d’allumage pour les Québécois, pour nous faire comprendre que tout était possible pour nos ambitions, ici comme ailleurs, sur toutes les tribunes.

Chaque Québécoise et Québécois porte, en quelque sorte, une partie de l’héritage de Jacques Parizeau.

Le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre, c’est de continuer. Son œuvre est inachevée, mais le chemin est tout tracé. Nous suivrons ses pas. Comme il l’a dit :

« La Révolution tranquille a été l’œuvre de quatre ministres, d’une vingtaine de fonctionnaires et d’une vingtaine de chansonniers, puis de poètes. »

Merci, Monsieur Parizeau, d’avoir été l’un de ces grands fonctionnaires, l’un de ces poètes et l’un de ses grands citoyens.

Vous êtes, pour toujours, un géant du Québec. Merci, Monsieur Parizeau.