Réflexions de Louise Harel sur le prochain scrutin fédéral.

Le marché de dupes du NPD

L’auteure réagit au texte « Mon premier dilemme électoral », publié le 20 juin.

 

À la suite de la publication de la passionnante interrogation du jeune étudiant Christ-Label Niyoyankunze quant à « son dilemme électoral », j’ai pensé alimenter sa réflexion en partageant mon expérience à cet égard. Bien évidemment, je m’adresse à lui comme souverainiste progressiste, en comprenant que l’allégeance des fédéralistes progressistes est déjà tracée en faveur du NPD.

Je veux lui rappeler, sachant que son cœur penche pour la souveraineté, la déclaration de Thomas Mulcair, lors de son élection comme chef en 2012, voulant que « le NPD est le meilleur rempart contre l’option souverainiste ». Il faut lire la Déclaration dite de Sherbrooke, adoptée en 2006, qui tient lieu de programme officiel, pour constater que la mission première de ce parti est de « faire la promotion d’un Canada uni ».

En fait, il faut comprendre que le NPD ferait aussi activement la promotion du Non lors d’un prochain référendum que les libéraux de Jean Chrétien ou de Pierre E. Trudeau, mais qu’advenant la victoire du Oui à 50 % + 1, ils accepteraient leur défaite !

D’autre part, en ce qui concerne « le droit de retrait avec compensation » proposé, il obligerait à reconnaître le pouvoir fédéral de dépenser dans les compétences exclusives du Québec sans nouveau partage des compétences. Un marché de dupes ! Un plat de lentilles pour vendre le droit d’aînesse du Québec.

UN TIRAILLEMENT INCESSANT

Cela dit, le dilemme d’allégeance entre souveraineté et fédéralisme et l’axe gauche – droite n’est pas nouveau. C’est un tiraillement incessant, un crève-coeur qui ne pourra finir que lorsque le Québec sera un pays.

En 1972, j’ai voté pour le NPD puisque je leur étais reconnaissante d’avoir été le seul parti fédéral à s’être opposé à la Loi sur les mesures de guerre et aux arrestations et perquisitions arbitraires durant la Crise d’Octobre de 1970. Je l’ai fait sans savoir, ce que j’apprendrai par la suite, que la direction du NPD fédéral avait répudié, cette année-là, la reconnaissance du droit à l’autodétermination du Québec dans son programme électoral.

D’ailleurs, à la suite de l’élection du Parti québécois en 1976, les congrès successifs du NPD vont réitérer « leur foi inébranlable dans le Canada » et la direction s’engagera dans la coalition pro-Canada mise sur pied pour promouvoir le fédéralisme canadien et ramasser quelques millions de dollars en vue du référendum. En 1980, le NPD participera au Comité des Québécois pour le Non dirigé par Claude Ryan et Jean Chrétien et aura auparavant appuyé le gouvernement Trudeau et son projet législatif de recourir à un référendum canadien pour contrer celui du Québec, si nécessaire.

Plus encore en 1981, à l’exception de deux courageux députés, le NPD appuiera le coup de force de Pierre E. Trudeau pour rapatrier unilatéralement la constitution que le Québec se fait imposer.

La direction fédérale ira même en délégation à Londres pour convaincre ses vis-à-vis travaillistes britanniques d’appuyer le gouvernement Thatcher à ce sujet.

En 1984, nouvel espoir à la suite de la création d’une aile québécoise du NPD refusant le coup de force constitutionnel de 1981. En 1989, une nouvelle déception survient lorsque le NPD de McLaughlin rejette l’accord de Meech, dont on souligne le 25e anniversaire cette semaine, et qu’un député néo-démocrate manitobain participe à le faire échouer.

L’histoire se répète chaque décennie. Au référendum de 1995, le NPD milite dans le camp du Non. À la suite du résultat, la majorité du caucus du NPD – à une exception près, le député Sven Robinson – appuie la loi sur la clarté.

Il n’y a pas lieu de croire qu’un éventuel gouvernement néo-démocrate ne tenterait pas, de toutes ses forces, de contrer l’affirmation souverainiste, et il le ferait en ayant obtenu notre appui ! Voilà pourquoi, cher Christ-Label, la raison invite à voter Bloc québécois, toi dont le cœur penche déjà pour la souveraineté.

Retour sur la St-Jean Baptiste 2015

La tournée de Pierre Duchesne à l’occasion de la fête Nationale.

Elle a débuté à Otterburn Park où la mairesse Danielle Lavoie l’a accueilli chaleureusement. Il y a prononcé une courte allocution.

2e arrêt à Saint-Jean-Baptiste où là aussi il a été accueilli très amicalement par la mairesse Mme Marylin Nadeau. Il s’est brièvement adressé aux gens présents.

3e arrêt à Beloeil. Courte rencontre avec la mairesse Diane Lavoie.

4e arrêt à Saint-Denis. Puis la soirée s’est terminée à McMasterville.

Pierre a donné des poignées de main à plusieurs personnes qui étaient très contentes de le revoir.

Petite anecdote. Nous nous sommes arrêtés à une résidence à Saint-Denis où les StJean2015propriétaires avaient décoré leur allée de multiples drapeaux du Québec. Pour les féliciter de cette belle initiative et leur demander si on pouvait prendre des photos. Ils ont été flattés et honorés pas la présence Pierre.

Pendant la tournée Pierre était accompagné de quatre jeunes dont Nicolas Lavergne, Nicolas Lapointe, Jean-Sébastien Lozeau et Mariélaine Duplessis ainsi que Jean-Guy Baril, président de l’exécutif qui agissait en tant que photographe et Josée Duplessis.

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La fin des hommes d’État, l’adieu à M Parizeau.

Par Stéphane E. Roy, comédien, résident de Beloeil.

Il y’a une époque où l’on était politicien parce qu’on avait des convictions, une vision, et non pour faire de la corruption et recevoir des pots-de-vin, une époque où l’on était politicien pour construire et créer et non pas pour déconstruire et couper.

Un homme d’État c’est un homme qui regarde au loin devant et qui essaie de créer un meilleur avenir, il est désintéressé par sa propre condition et il met celle de la collectivité au-dessus de tout.

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Un homme d’État ce n’est pas un « politcailleux » qui salive sur les contrats d’asphalte qu’il pourra donner aux amis ou aux nombres de permis de garderie qu’il pourra revendre.

Des hommes d’État il y’en a eu dans tous les partis… Robert Bourassa, René Lévesque, Jacques Parizeau, Joe Clark, Jack Layton, Gilles Duceppe.

Un homme d’État a une fierté et un honneur.

Un homme d’État invente un régime de compensation pour les victimes de la route, nationalise l’électricité, offre l’assurance maladie, s’occupe de ses compatriotes.

Il ne se sert pas de ces services de l’état pour s’en mettre plein les poches… et remplir à outrance les coffres du gouvernement, parce que celui-ci n’est pas assez efficace et a une carence grave à être inventif.

Aujourd’hui est mort l’un des derniers hommes d’État. Il nous laisse dans le deuil, et dans une fâcheuse position avec plein de « politacailleux » au pouvoir.

Cet homme, M Parizeau, avait ses zones d’ombres comme tout le monde , mais il était en politique pour la bonne raison , le bien commun.

Il nous faut d’autres politiciens comme lui , des jeunes qui ont le goût de la nation , et qui vont placer le sens du devoir devant tout.

Pas de ces « politicailleux », qui, pour enlever un vote à l’adversaire vont être prêt à renier leurs propres idées… vont faire reculer la cause de la souveraineté pour faire gagner leur parti… vont tout à coup décider que: « construire un pays c’est nuisible à la stabilité économique », quand moins de 10 ans avant il disait exactement le contraire.

Pas de ces visages à deux faces qui mettent leurs intérêts personnels et ceux de leur parti devant toute chose.

Regardez autour de vous, et voyez tous ces petits machiavels qui jouent du coude pour faire avancer leurs intérêts personnels.

Quelqu’un doit aller en politique pas pour y faire carrière, mais par conviction (parfois cette conviction devient une carrière voilà la nuance).

Un vrai homme d’État va en politique pour ses idées , ses valeurs, pour la nation et non pas par unique intérêt pour son économie personnelle.

Où sont-ils ces gens désintéressés qui s’impliquent par amour, par passion à faire avancer un pays?

Où sont-ils? Peut-être en verrons-nous de nouveaux se lever pour prendre le flambeau et ramener cette pathétique mascarade burlesque qu’est devenu la politique, à quelque chose qui élève l’âme et notre condition humaine , au lieu de nous abaisser au niveau de la basse-cour des « picosseux » de graines et de cochon qui se roule dans leur propre boue.

Ce matin j’ai eu le spleen, j’ai eu le blues, lorsque j’ai constaté que M Parizeau était décédé.

J’ai pensé à cette époque où je croyais naïvement à la politique comme quelque chose de pur et de noble.

J’ai un souvenir indélébile en tête, qui démontre la grandeur d’un homme d’État :

Robert Bourassa vient de refuser Meech. Il est au pouvoir. Après son discours en chambre, où il finit par une déclaration sans équivoque « Le Québec est aujourd’hui et pour toujours une société distincte libre et capable d’assumer son destin et son développement. », Jacques Parizeau se lève traverse le parlement sans lâcher Robert Bourassa du regard et va lui serrer la main.

Deux hommes de parti opposé, mais deux hommes d’État qui mettent la nation devant tout.

Ce matin, j’ai regardé la photo de Jacques et j’ai plongé dans ce regard et j’ai vu la franchisse l’honnêteté d’un homme qui ne faisait pas de quartier.

J’ai vu le regard profond, à la fois intime et lointain d’un homme d’État.

Ce matin j’ai probablement dit adieu au dernier homme d’État.

Merci M Parizeau.

Jacques Parizeau «Le croisé de l’indépendance! »

Un texte de Pierre Duchesne

La politique doit servir à accomplir quelque chose, à réaliser un projet, disait Jacques Parizeau. Autrement, c’est une perte de temps.

 

Celui qui a combattu toute sa vie pour donner un pays à son peuple nous a quittés. Jacques Parizeau part et laisse aux Québécois une province. Le croisé de l’indépendance a rangé son épée. Il est descendu de sa monture, a défait sa cotte de mailles et s’est agenouillé une dernière fois pour observer les terres du Québec comme si elles étaient siennes. Il aurait tant aimé que sa bannière soit hissée au sommet des plus hautes tours de ce nouveau royaume…

« Quand le cœur de cet homme aura cessé de battre, avais-je écrit dans la conclusion de ma biographie, en février 2004, le Québec aura indiscutablement perdu le plus tenace et le plus dérangeant porte-étendard de l’idée d’indépendance. Incapable de capituler, ce grand chevalier aura incarné l’acharnement même, en repoussant les hésitations, la peur et la prudence. »

Homme de principes et de convictions, ce politicien hors normes et malheureusement démodé ne croyait pas aux slogans préfabriqués.

Il repoussait les avances des conseillers en mal d’influence et les grands spécialistes des boîtes de relations publiques. « Les idées doivent mener le monde, répétait sans cesse Jacques Parizeau. La politique doit servir à accomplir quelque chose, à réaliser un projet. Autrement, c’est une perte de temps. On a mieux à faire dans la vie. »

FAIRE AUTRE CHOSE

En septembre 1969, quand Jacques Parizeau s’engage pour le Parti québécois, ce n’est pas par manque de possibilités. Dieu sait qu’il aurait pu faire autre chose ! Très tôt dans sa vie, les choix qu’il a faits l’ont amené à se définir comme un bâtisseur de pays. En 1955, alors qu’il termine son doctorat en économie à Londres, Jacques Parizeau, 25 ans, envisage une grande carrière internationale comme professeur d’économie. Celui qui dirige sa thèse n’est nul autre que James Meade, ex-conseiller économique de Winston Churchill, futur Prix Nobel d’économie. Mais François-Albert Angers, son maître des HEC, celui qui lui a permis d’aller en Europe, veut qu’il revienne au Québec. La « belle province » des années 50 ne l’intéresse pourtant pas. Il veut maudire Angers, mais il a donné sa parole à son professeur : une fois le doctorat acquis, il devait revenir enseigner quelques années aux HEC. Jacques Parizeau choisit le Québec avant le monde.

Professeur compétent, apprécié de ses étudiants, Jacques Parizeau doit pourtant délaisser l’enseignement quelques années plus tard. Aspiré par la Révolution tranquille, il réalise pour le ministre René Lévesque la première étude établissant le coût d’achat des compagnies d’électricité, qui mènera à la nationalisation. Il participe ensuite à de multiples chantiers et est associé à la fondation de la SGF, de Sidbec et de la Régie de l’assurance-dépôts du Québec. À 35 ans, il devient le conseiller économique et financier du premier ministre Jean Lesage.

Comme révolutionnaire tranquille, sa plus grande réalisation demeure la création de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Ce géant de plus de 225 milliards a permis à l’État du Québec de se sortir des griffes des maîtres chanteurs du milieu financier anglo-saxon, qui excluaient alors de son cercle les Canadiens français et les juifs. Jacques Parizeau a tout tenté pour mettre fin au chantage économique. Lorsqu’il participe à la rédaction de la mission de la Caisse, il s’assure qu’elle puisse favoriser le développement économique du Québec et une nouvelle classe d’entrepreneurs francophones.

Travaillant sans répit pour donner aux Québécois un État moderne, Jacques Parizeau constate à la fin des années 60 que deux nations au sein d’un même pays, et surtout deux États, ne peuvent qu’entrer en collision. « Allons-nous vers un État du Québec où Ottawa ne jouerait plus aucun rôle ou bien est-ce qu’il faut arrêter le développement de l’État du Québec parce qu’Ottawa doit demeurer un vrai gouvernement ? ». Voilà le genre de question qui amène Jacques Parizeau, en 1969, à adhérer au tout nouveau Parti québécois.

MILIEU FÉDÉRALISTE

Issu d’un milieu bourgeois nettement fédéraliste, fils d’un père engagé dans le monde conservateur de l’assurance, Jacques Parizeau, devenu péquiste, pose un geste de rupture avec son entourage. Le Parti québécois, une organisation de gauche qui souhaite briser le statu quo, indispose les élites en place, les amis de Jacques Parizeau. Son choix l’éloigne des postes prestigieux et de l’argent.

D’ailleurs, à la première élection du Parti québécois, en 1970, quand, à trois jours du scrutin, le Trust Royal de Montréal, dans une mise en scène bien préparée, fait venir neuf camions blindés de la Brinks à son siège social pour transporter en Ontario des certificats en valeurs mobilières à l’abri d’une éventuelle victoire péquiste, Jacques Parizeau s’insurge. « Les Québécois ne savaient pas ce que c’était que des actions d’entreprises, rappelle-t-il. Il faut savoir que vous pouvez allumer votre cigarette avec ces certificats. » La manœuvre fait peur à plusieurs électeurs. « Voilà les Québécois qui se sont fait avoir, conclut Jacques Parizeau. Ceux que l’on a méprisés pendant si longtemps vont continuer à être méprisés. On va leur dire : vous ne comprenez jamais rien ! » Jacques Parizeau a choisi de défendre les gens ordinaires plutôt que l’élite financière.

Ministre des Finances dans le gouvernement de René Lévesque après l’élection victorieuse de 1976, il continue de s’en prendre au grand capital quand la Sun Life déménage son siège social de Montréal à Toronto en raison de l’adoption de la loi 101. « Bon débarras ! dit-il en 1978. Allez-vous-en donc ! Moi, je veux que cesse le chantage aux sièges sociaux. » Dans l’année qui suit, le chiffre d’affaires de la Sun Life chute de près de 40 %. Le Mouvement Desjardins déloge la Sun Life de la première place qu’elle occupait au Québec dans le secteur de l’assurance de personnes.

De 1976 à 1984, Jacques Parizeau occupera ce poste de ministre des Finances avec brio. C’est, de loin, le ministre des Finances le plus spectaculaire de l’histoire. Au Canada anglais, en particulier, on appréciait son talent et son style. Sous son règne, la Caisse de dépôt a mené de grandes opérations. Domtar, Gaz Métropolitain, Noranda sont devenues québécoises (…). Il y a bien eu la nationalisation ratée de l’amiante. Un coup de génie : la création du Régime d’épargne-actions (REA), en 1979, a relancé bien des entreprises québécoises en mal de financement. L’idée audacieuse consistait à réduire l’impôt à payer pour les contribuables qui achetaient des actions d’entreprises québécoises. Encore une fois, le docteur en économie s’adressait avant tout aux petits actionnaires. Papiers Cascades a grandi et est devenu une multinationale grâce au REA. Ce régime a été à l’origine de la plus grande croissance du nombre d’actionnaires publics au Canada.

À la fin de sa vie, son professeur François-Albert Angers, fier des performances économiques de son poulain, me confiait qu’à son avis, si Jacques Parizeau était demeuré dans l’enseignement et avait persisté dans cette voie, il aurait donné au Québec son premier Prix Nobel d’économie…