Jeudi noir pour les travailleurs

Des emplois de qualité se perdent au Québec
Québec, le 14 mai 2015 – Le député de Chicoutimi et chef de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, déplore les nombreuses pertes d’emplois annoncées aujourd’hui, soit 1000 chez Bombardier Aéronautique, 200, peut-être plus, au chantier Davie de Lévis, et 175 à la Commission scolaire de Montréal.
« Ces pertes d’emplois surviennent au lendemain de l’annonce de plus de 100 mises à pied au siège social de Rio Tinto à Montréal. C’est un jeudi noir pour les travailleurs; des emplois de qualité et bien rémunérés disparaissent. Dans le cas de Bombardier, le gouvernement regarde passer la parade depuis plusieurs mois, malgré qu’il soit au courant des difficultés de l’entreprise. Le ministre de l’Économie nous avait dit qu’il avait fait son travail en passant un coup de fil. Aujourd’hui, on voit le résultat », a déclaré Stéphane Bédard.
En ce qui concerne le chantier Davie, le chef de l’opposition officielle rappelle que le premier ministre nous avait pourtant dit, à la suite du dernier budget fédéral, que l’obtention de contrats pour nos chantiers maritimes devenait pour lui un cheval de bataille. Depuis, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il dépensera plus de 100 milliards de dollars en contrats maritimes en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse. Or, malgré le fait que les Québécois paieront 20 milliards pour ces contrats, le chantier Davie n’en obtiendra aucun.
« C’est justement ça, le problème. Il faut faire des batailles pour ramasser des miettes provenant d’Ottawa. Et, seulement trois semaines après le dépôt du budget fédéral, l’incapacité du premier ministre du Québec à obtenir la confirmation de contrats vient de coûter 200 jobs, peut-être plus. Qu’est-ce que le premier ministre dit aux pères et aux mères de famille qui ont appris, cette semaine, qu’ils n’avaient plus d’emploi? Qu’est-ce qu’il fera pour éviter que les pertes d’emplois, causées uniquement par l’entêtement du gouvernement fédéral, se multiplient à la Davie? », a ajouté le chef de l’opposition officielle.
« La réalité des derniers mois, ce sont des mauvaises nouvelles à répétition chez Alcan, au Cirque du Soleil, chez Bombardier, chez SNC-Lavalin, chez Résolu… tous des fleurons ayant quitté le Québec ou en difficulté. La grande contribution du premier ministre a été de déstabiliser le secteur aéronautique au complet en coupant de 20 % le crédit d’impôt pour la recherche et le développement. Entend-il le rétablir, comme le réclame l’industrie? », a conclu Stéphane Bédard.

 

Alexandre Cloutier en visite dans Borduas!

BELOEIL le 5 mai 2015 – Dans le cadre de la campagne à la direction du Parti Québécois, le Parti Québécois de la circonscription de Borduas a invité les candidat(e)s à venir rencontrer les militant(e)s.
Le candidat Alexandre Cloutier a accepté l’invitation et sera de passage à McMasterville, au Masters Billard, dans la circonscription de Borduas, pour échanger avec les personnes présentes le lundi 11 mai 2015 de 18h à 20h.

Alexandre Cloutier

Après deux rencontres très réussies, avec Pierre Karl Péladeau et Martine Ouellet, au cours des dernières semaines, ce sera donc au tour du jeune député Alexandre Cloutier de venir répondre aux nombreuses questions des militants(e) de Borduas.

Une période sera réservée aux journalistes pour un bref point de presse.

Le Masters Billard est situé au 185, boul. Laurier, McMasterville QC J3G 1P9

Information : Gilles-Philippe Delorme
Secrétaire PQ Borduas
450-467-3594

LA VIE APRÈS LA POLITIQUE

Un texte de Michèle Ouimet La Presse

Pierre Duchesne

Le grand silence

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Le 7 avril 2014, Pierre Duchesne est dans une chambre d’hôtel avec sa femme, ses enfants et ses parents. Il attend, fébrile et inquiet, les résultats des élections dans Borduas.

Depuis la fondation de cette circonscription en 1992, le Parti québécois l’a toujours remportée haut la main. Duchesne, un ministre vedette de Pauline Marois, ne devrait faire qu’une bouchée de l’obscur candidat de la Coalition avenir Québec, Simon Jolin-Barrette, un avocat de 27 ans.

Mais la soirée s’étire et le jeune Jolin-Barrette devance le ministre. À 22h15, la directrice de campagne de Duchesne appelle : « C’est fini, ça ne passera pas. »

La mère de Pierre Duchesne éclate en sanglots. « Tu as travaillé tellement fort ! »

Il essaie de la consoler. « Ben oui, maman, mais c’est pas pour ça que j’ai perdu, il y a un paquet de facteurs. »

Sa femme lui dit : « Il faut que tu parles aux enfants. »

Ils sont trois et ils ont entre 11 et 17 ans. Dans la camionnette qui les amène de l’hôtel au local où sont rassemblés les militants, Pierre Duchesne essaie de mettre des mots sur sa défaite. « Papa a perdu, mais ce n’est pas parce qu’on ne l’aime pas ou qu’il est une mauvaise personne. On va continuer, mais d’une autre façon. »

Les enfants réagissent différemment : le premier se ferme, le deuxième pleure, le troisième est en colère, il en veut à la terre entière.

Duchesne a perdu par 99 voix. Ce soir-là, il n’est pas le seul à mordre la poussière. Pauline Marois est chassée du pouvoir. Elle a été première ministre pendant à peine un an et demi.

Du jour au lendemain, tout bascule pour Pierre Duchesne : plus de garde du corps, plus de chauffeur, plus d’horaire surchargé, plus de téléphone qui sonne sans arrêt, plus personne qui lui parle.

S’installe alors le grand silence.

***

Un an plus tard, Pierre Duchesne est encore sous le choc. Il laisse son steak refroidir dans son assiette pendant qu’il ressasse ses souvenirs. C’est le seul moment où il s’épanchera. Le reste du temps, c’est le politicien prudent doublé du journaliste aguerri qui répondra à mes questions avec une prudence de Sioux.

Le grand silence qui suit la défaite.

« Quand vous êtes ministre, vous avez votre cour, votre cabinet, votre bureau de comté, des militants qui vous adorent. Vous n’êtes jamais seul, vous avez votre garde du corps et des journalistes autour de vous. Ça crée une dépendance : être entouré, être l’objet d’autant d’attention. Il ne faut pas être aveuglé par ça, c’est fragile et éphémère. Après la défaite, tu n’existes plus. C’est dangereux quand ça s’arrête du jour au lendemain, il faut être prêt à faire face à ça. Il n’y a plus de projecteur, plus de bruit, que le grand silence. »

« J’avais un conseil des ministres par semaine, des documents à lire, des activités, des lancements de presse, j’étais membre de trois comités ministériels, j’ai préparé des politiques, un sommet… Après ? Il faut s’occuper, meubler le silence. »

— Pierre Duchesne

Il pense au vide qu’il a connu après avoir sorti sa biographie-fleuve sur Jacques Parizeau. Il avait 37 ans.

« Pendant deux semaines, je donnais des entrevues du matin au soir, j’étais dans les journaux, à la télé, j’avais l’impression d’être le centre du monde. Mais du jour au lendemain, bang ! Plus rien. Il n’y a plus de projecteur et plus de bruit autour de vous. »

« Quand j’ai écrit sur Parizeau, j’ai parlé à des anciens qui ont été très proches de René Lévesque, des gens qui ont fait une dépression et qui étaient complètement défaits après avoir quitté la politique. Je me suis dit : “Ouf ! je ne veux pas ça, tomber dans une aphasie et une dévalorisation.” »

Il pense à son père, président d’une entreprise, qui a aussi connu le vide à la retraite. « Plus personne l’appelait. Ses activités sociales étaient liées à sa fonction. »

Le silence et le vide.

***

Pierre Duchesne a connu une ascension fulgurante. Il n’a pas poireauté dans l’opposition pendant des années, comme beaucoup de députés.

En juin 2012, il quitte Radio-Canada, où il a travaillé comme journaliste pendant 25 ans. Il en a assez du « multitâches où tu n’as pas de temps pour la cueillette d’information ». Il a fait le tour.

Deux mois plus tard, le 4 septembre, il est élu député. Le 19, Pauline Marois le nomme ministre de l’Enseignement supérieur, le ministère le plus casse-gueule. Il doit recoller les morceaux d’un Québec déchiré par la grève étudiante. Il doit aussi préparer un sommet sur les universités, un dossier pourri, explosif. Pour un homme qui n’a aucune expérience politique, la bouchée est énorme.

« J’ai hérité d’une crise. Certains recteurs ne voulaient plus parler aux leaders étudiants, ils refusaient d’être dans la même pièce qu’eux. »

« J’étais à la fois en mode apprentissage et décisionnel. J’apprenais et je tranchais. Il fallait que j’apprenne ce qu’était la politique et que je vive avec des journalistes autour de moi. Sauf que poser des questions et y répondre, c’est pas pareil. »

— Pierre Duchesne

Il apprend à la vitesse grand V. « C’était une bousculade essoufflante. J’ai trouvé ça extrêmement stimulant, excitant, épuisant. »

Fin octobre, son corps se révolte. « Mon dos a cassé. »

Il se promène avec une canne. « Mon corps me disait : “calme-toi un peu”, mais je ne pouvais pas. »

Il doit aussi affronter ses adversaires à l’Assemblée nationale et se plier au supplice de la période des questions. « Il y avait une bande d’intimidateurs en face de moi, cinq députés libéraux qui faisaient des simagrées. Ils parlaient plus fort que moi, ce n’était pas évident. »

Sans oublier les journalistes, son ancienne confrérie, qui foncent sur lui pour lui arracher sa langue de bois.

« Voir arriver les journalistes avec leurs caméras qui ressemblent à des armes, c’est impressionnant. Je me rappelle du regard complètement apeuré de Véronique Hivon quand elle voyait la meute foncer sur elle. Moi, j’avais surtout peur des caricatures à cause de mes enfants. »

***

Aujourd’hui, Pierre Duchesne est conseiller auprès du chef intérimaire du Parti québécois, Stéphane Bédard, un poste sans garantie d’emploi. Le prochain chef peut le passer à la trappe.

Il n’a pas de plan B, sauf celui de se présenter aux prochaines élections dans Borduas. Il est prêt à se lancer dans une nouvelle campagne électorale, même si l’exercice est exigeant. En 2012, il a fait du porte-à-porte pour la première fois de sa vie, la démocratie au ras des pâquerettes. Au début, il craquait au bout d’une heure. « J’étais épuisé. Les gens voulaient des réponses. »

La campagne de 2014 a été difficile. « Des gens refusaient de me serrer la main. J’ai eu droit à plusieurs regards haineux. Ça m’a beaucoup troublé. »

« La politique est un sport extrême avec beaucoup de sauts dans le vide. Il ne faut pas être peureux. Nommez-moi une seule fonction où vous êtes jugé tous les jours. Il faut avoir la couenne dure. »

Il cite Jacques Parizeau qui disait : « Si vous n’avez pas une idée claire de ce que vous voulez faire, la politique, ça peut être bien emmerdant. »

À 47 ans, Duchesne a quitté le confort de Radio-Canada pour se lancer tête baissée en politique. À 50 ans, il a été chassé du pouvoir.

« À cet âge-là, on n’est pas prêt à prendre sa retraite. On est plutôt prêt à prendre les armes et retourner au front. »

Les armes, il les a reprises en recommençant à faire du porte-à-porte dans Borduas.